Poésie

Le Vautour et le Chacal- de Raul Luares

LE VAUTOUR ET LE CHACAL

L’agonie résonne comme le moment ultime où le plaisir chez l’animal dénué de scrupules atteint son paroxysme.

La lueur qui se dissipe dans les yeux innocents de la proie esseulée,
Au mauvais moment, au mauvais endroit,
avec le sentiment d’isolement qui s’accroît;
Sauf que la cible en question n’est autre
que ce canidé dont la particularité
est cet esprit de voracité
doté de cette soif d’opportunité,
dont la devise de l’animal :
« la dalle du chacal
au coeur de rapaces »
a été ainsi mise à mal.
En effet, le chacal a été victime d’un tir de fusil.
La balle l’a heurté mortellement.
Blessé à la patte, il est à terre, le corps gisant sur une marée rouge.
On ne pouvait à peine entendre ses vagissements.
Sentant que rôde autour de lui l’infâme bête,
qui attend patiemment et avec délectation
l’heure où il faudra passer à l’irrémédiable action.

DIALOGUES

Le Vautour, se murmura-t-il :  » Quel satisfaction plus infâme de voir succomber
l’animal si audacieux !

Le Chacal. – Voilà que j’eus l’esprit insoucieux,
occupé par un repas délicieux,
ma vigilance m’a joué un tour facétieux.

Le Vautour. – Nulle autre joie de subir pareil douleur, je compatis à votre peine.
Mais cela va sans dire subrepticement !

Le Chacal. – Avez-vous assisté à cette scène épouvantable ?

Le Vautour. – Oui hélas, et cela est fort regrettable !…
Mais rien de plus ineffable
de vous dire avec hardiesse
que votre détresse est mon allégresse !

Le Chacal. – Que sont ces insinuations
face à un corps en affliction,
qui n’attend plus que sa décomposition
devienne un corps en putréfaction  ?

Le Vautour. – L’honnêteté est ma devise.
Laisser passer un corps en décomposition
sans que cela puisse éveiller une once de réaction
serait une preuve de dédaigneuse malhonnêteté
ou un manque de pusillanimité.

Le Chacal. – Vous êtes un être désincarné.
N’attendez-vous plus de finir décharné ?

Le Vautour. – J’ai toujours vécu de façon étique.
Ma triste vie, hélas, solitaire, itinérante,
à la recherche de chair apétissante,
n’a de place pour un coeur éthique.

Le Chacal. – Votre hypocrisie n’est pas sans pareil.
Vous finirez avec les fripons de votre espèce.

Le Vautour. – Voyez-vous, dans notre univers d’être charognard,
monde impitoyable à cet égard,
toute forme de mansuétude est à proscrire.
Cela va sans dire.

Le Chacal. – Que de Tumultes ! Que de tumultes !
Je risque d’en perdre mon latin,
à ouïr votre grotesque baratin !

Le Vautour. – J’accompagne la proie dans ses derniers moments.
Celle-ci ne veut plus se complaindre dans ses tourments.
J’interviens dès lors que ne résonne aucun vagissements.

Le Chacal. – Vous êtes déterminé pour manger ou à me manger ?

Le Vautour. – Je suis fait pour dévorer la carcasse imploreuse.
Cela constitue mon exécrable essence.
Loin de moi d’avoir des pensées vénéneuses,
mais l’ardeur de ma détermination
se manifeste dès que se présente pareille occasion.
Le plaisir de la chair putride est une éloge de l’incandescence

Le Chacal. – Vous êtes libre de ne pas le faire. Vous avez le libre-arbitre.
Laissez-vous guider par votre libre-arbitre.
M’épargner la vie sera une grande preuve d’altruisme
Vous démontrez que les animaux de votre envergure,
ne sont pas des oiseaux dit-on de mauvais augure,
qui vont à l’encontre de toute forme d’égoïsme.

Le Vautour. – Je suis toutefois libre de le faire.
Je n’agis que par rapport à ce qui doit me satisfaire.

Le Chacal. – En effet. Mais si votre raison est votre serviteur,
alors vos actions iront dans le bon sens;
Car seule la raison permet de discerner
ce qui semble juste de ce qui est immoral.

Le Vautour. – Ma raison est guidée par mon appétit vorace !

Le Chacal. – Une fois que vous aurez atteint votre but,
un nouveau désir cèdera à l’ancien imbu.
Prenez gardes à ne subir pareil expiation.
L’insipide cruauté ne peut résister
face à une sage bonté.
Aujourd’hui, mon sens de l’odorat
ne m’apporta que piètre résultat
et un corps en piteux état.

Le Vautour. – L’émotion est capricieuse mais l’esprit demeure perspicace !
Je ne savais quel repas manger ce matin,
ma quête de carcasses semblait sans fin.
Parcourir les vallées, montagnes, plateaux en quête de charogne,
à dépecer constitue une véritable besogne;
mais maintenant la vôtre va servir de festin.
Les innombrables paysages à survoler,
m’ont fait perdre le sens de mes pérégrinations.
Alors lorsque mon museau sent une odeur alléchante
rien de plus heureux pour moi quand l’illusion désespérante
fait place à une frénétique agitation.

Le Chacal.- L’envi de tout dévorer par avidité
manifeste un manque déplorable de charité
Ne possédez-vous pas des qualités
autre que la bassesse et l’opportunité
Un vautour n’a-t-il jamais convoité
une cible et de le faire partager dans un élan de solidarité ?

Le Vautour. -  Enlevez-vous de l’esprit qu’être nécrophage
s’associe avec la notion de partage.
Dans ce monde asservi par la prédation,
où règnent la magnaminité et la désaffection,
il n’est nullement besoin de donner son avis
car les premiers arrivés sont les premiers servis.

Le Chacal. – Une fois votre festin terminée,
vous repartirez vers d’autres contrées,
à la recherche d’autres proies isolées ou inanimées,
tandis que s’impatienteront à l’orée d’une forêt
d’autres prédateurs tout aussi prêts
à l’avenir, à vous voir succomber;
dont vous-même n’aurez point démérité
à vous trouver dans pareille situation : simple sentence;
logique dans ce monde où
le chasseur sent le gibier
et le gibier la potence.

Le Vautour -Nous vivons dans une société de chasse
Nous produisons du spectacle.
Nous sommes déterminés par la société de chasse
Tout notre existence n’est que le produit de la lutte et la chasse
entre chasseurs et chassés, prédateurs et proies
Nos rôles sont déterminés par la société de chasses
Les rôles s’inversent à chaque instant
Une situation en chassant l’autre;
tantôt vous êtes le chasseur,
tantôt vous êtes la cible.
A cela il faut ajouter notre rôle écologique :
Il faut débarrasser la carcasse putride pour éviter
que se développent les épidémies aux effets funestes.

Le Chacal.- Quel sombre constat brossez-vous de cette société
Autrefois, si j’eus besoin que l’on me donna des histoires à conter
j’aurai fait appel à votre vision éprise de cruauté
Si tant était que cela fût possible,
Cela va sans dire.

Le Vautour. – Allégez-vous l’esprit de ces turpitudes.
D’ici peu, vos souffrances vous sauront d’aucune inquiétude.

Le Chacal. – Que de tumultes! Que de tumultes!
Indigestes turpitudes que sont ces paroles que vous proférez.
Laissez-moi dormir en paix !
Que mon corps dépérisse au gré
du temps et des regrets.

Le Vautour. – Je désespérais à trouver chair depuis guère !
Mon ventre s’impatientait et criait famine.
Quel effet considérable
que votre présence, trésor inestimable,
m’a fait rendre bonne mine.

Le Chacal. – Le désir insatiable révèle la souffrance déraisonné

Le Vautour.- La faim justifie les moyens !

Le Chacal. – Je souhaite que vous ne soyez
dans ce genre de situation qui est la mienne
où l’on se sent fort mal  à son aise,
de peur que cela vous déplaise

Le Vautour. – N’ayez crainte, très cher,
car je suis guidé par la prudence.
Il n’est point honteux d’avoir cédé à l’imprudence.

Le Chacal.- L’imprudence est la faiblesse des vaniteux

Le Vautour.- Il est vain d’insister de me convaincre.
Pourquoi de tant de crainte ?
Pourquoi chercher le désarroi,
lorsque toute sa vie n’a été que chasse et proie?

Le Chacal. -  En train d’exhaler, votre présence de s’imposer,
de toute évidence, vous allez disposer,
pour ensuite bien vous reposer.

Et l’oiseau s’attaqua au canidé
mais il n’en eût point le temps,
car retentit encore un tir de fusil
en direction du volatile.

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